Saveurs et Cuisine du Maroc - Mohamed Ousti, Parole de chef !
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Mohamed Ousti, Parole de chef ! Version imprimable Suggérer par mail
mohamed oustisimMohamed Ousti est un homme simple et touchant. Depuis janvier 2006, il est le chef exécutif de l’Hôtel Barcelo à Casablanca. Son expérience internationale a fait de lui quelqu’un d’ouvert sur le monde et cela s’applique essentiellement à sa cuisine. Rencontre… Devenir chef cuisinier ne faisait pas partie de ses rêves d’enfant… Dans les années 60, comme tous les gamins de son âge, Mohamed Ousti voulait devenir ingénieur, ou acteur de cinéma. Il raconte en souriant son parcours imprévisible. Une enfance à Casablanca où la mère faisait la cuisine, une cuisine très simple, composée essentiellement de tajines.   Après l’obtention du bac, le jeune homme part aux Etats-Unis, seul, pour étudier l’informatique. Mais là, il est confronté malgré lui à la dureté de la vie, et le voilà devenu serveur puis commis pour gagner sa vie. Aujourd’hui, à 41 ans, il se souvient très bien de cette entrée dans les cuisines qui avait éveillé sa curiosité et une passion nouvelle. « Je n’arrêtais pas de poser des questions aux cuisiniers. Après, j’ai commencé à acheter des livres sur le sujet et j’allais manger, à chaque fois, dans des restaurants différents pour découvrir de nouvelles saveurs. » Et c’est tout naturellement qu’il décide d’intégrer l’école hôtelière. Suite à cela, il a à peine vingt-huit ans lorsqu’il ouvre son propre restaurant aux environs de Seattle, mais le projet échoue car la cuisine française qu’il propose ne convient pas trop au mode de vie des habitants de la région. Suite à cette expérience, son activité dans des hôtels et restaurants à Seattle, Las Vegas puis Manhattan l’entraîneront dans une cuisine personnalisée. « Comme j’étais loin de mes racines, j’avais toujours la nostalgie des plats de mon pays, confie-t-il.La cuisine m’a permis de retrouver des souvenirs et des saveurs de chez nous puisque j’ai commencé à intégrer à ce que je faisais là-bas des ingrédients propres au Maroc. » C’est ainsi que peu à peu, il pratique ce qu’il appelle lui-même une « fusion  », c’est-à-dire une cuisine aux saveurs méditerranéennes.

De la cuisine avant toute chose  !
Mais en 2004, après vingt-quatre années passées sur le sol américain, l’homme décide de rentrer au pays avec l’intime conviction qu’il peut apporter un plus à la clientèle marocaine. La cuisine est pour lui, au-delà d’un métier, une vraie passion. Il dit qu’il vit avec elle une histoire d’amour. Après avoir passé deux années au Palm Golden Tulip de Dar Bouazza, il intègre l’hôtel Barcelo de Casablanca avec, en rêve secret, l’envie d’ouvrir son propre restaurant. Il a une idée très précise de ce qu’il veut  : « Comme j’aime les choses simples, je n’ouvrirai pas un restaurant chic mais un restaurant familial, où les enfants qui adorent les pizzas seront contents  ! Pour les parents, des salades, des viandes ou des poissons et des pâtes. Je resterai dans ce que j’aime, à savoir la fusion. Et puis surtout, tout sera frais, comme dans mon enfance  : il n’y aura ni micro-onde ni congélateur.   » Il a retenu de sa mère cette règle qu’il place en haut de la liste. Il ajoute d’ailleurs qu’il sait pertinemment que la cuisine marocaine appartient aux femmes. La preuve  : quand on lui a demandé dernièrement de se rendre à Istanbul et Bilbao pour faire découvrir la cuisine de son pays, il a exigé en toute humilité qu’une cuisinière traditionnelle l’accompagne  parce que pour lui, c’est la femme qui donne le goût aux plats. « Nous, les hommes, pouvons essayer de faire comme elles, mais il y aura toujours quelque chose qui manque. Nous pouvons être à l’aise dans les cuisines du monde, mais la cuisine marocaine se transmet de mère en fille et ce depuis des générations. Ce sont elles seules qui connaissent les secrets de notre cuisine. »… Parole de chef  !

Le chef en questions
Petit, aimiez-vous les bonnes choses  ?
J’ai grandi dans une famille très simple. On mangeait tous les jours du tajine et c’était très bien ainsi parce que je ne connaissais rien d’autre. J’aimais ce que ma mère nous cuisinait. Ce n’est que bien plus tard, aux Etats-Unis, que j’ai découvert combien l’univers de la cuisine était vaste et riche.
Quel est le plat qui vous a laissé un inoubliable souvenir, enfant  ?puis à l’âge adulte ?
Quand j’étais enfant, ma mère faisait un très bon couscous. Après, en 1985, dans un restaurant français de New York du nom de «La Fayette», j'ai dégusté un mémorable Soufflé au Grand Marnier. Sublime dégustation avec en découverte au fond du ramequin d'une truffe au chocolat parfumée à l'orange.
Cuisine, ça rime avec quoi, pour vous  ?
Avec plaisir et amour. Il y a des cuisiniers qui sont des hommes d’affaires, et puis ceux qui font ce métier par passion. Moi, je préfère servir une cinquantaine de personnes et les servir bien, plutôt que travailler de manière industrielle en ayant fait tellement de plats qu’on n’en sent plus le goût après. J’aime mon métier et je m’applique à le faire pour que les gens qui viennent déjeuner ou dîner dans mon restaurant soient heureux et passent un bon moment.
Qu’aimez-vous particulièrement cuisiner  ?
J’aime cuisiner les ingrédients frais, les ingrédients marocains comme les épices, les olives rouges, les herbes, le citron confit, l’anis ou encore le romarin Aussi les ingrédients asiatiques, essentiellement thaïlandais, qui ressemblent à ce qu’on utilise dans la cuisine marocaine. Que n’aimez-vous pas cuisiner  ? Les plats qui nécessitent de la farine, des oeufs, ou encore de la crème fraîche.
Je suis très prudent avec les lipides, les viandes grasses et tout ce qui est lourd en calories. Je trouve par exemple que le tajine est un plat très équilibré. En cuisine,
êtes-vous un chef autoritaire  ?
Non. Je considère les gens qui travaillent avec moi comme des élèves, alors je suis patient avec eux  et je comprends qu’ils puissent faire des erreurs. J’ai moi-même beaucoup appris des chefs avec qui j’ai travaillé, alors je considère que leur transmettre mon savoir et ma passion est un devoir.
Quel fut votre plus gros fou rire en cuisine  ?
Lorsque j'étais à Seattle, un de mes collègues a voulu faire une crème chantilly mais s'est trompé en réglant la vitesse du robot qui, lancé beaucoup trop fort, a déversé les douze litres de chantilly sur nous. Rien ni personne n’a été épargné... qu'est-ce qu'on a ri !
Qui cuisine aujourd’hui à la maison  ?
En semaine, ce n’est ni ma femme ni moi qui travaillons beaucoup. Le week-end, nous mangeons souvent dehors, au grand plaisir de notre fils. Mais quand on reçoit des gens, c’est bien évidemment moi qui suis derrière les fourneaux  !
Quels sont vos loisirs  ?
Je n’ai pas le temps de m’y adonner, mais j’aime la chasse et la pêche. Parlez-nous de vos rêves… J’aimerais l’année prochaine ouvrir mon propre restaurant  ; et offrir aussi mes services de chef cuisinier à des particuliers chez eux… Imaginez que vous voulez inviter une trentaine d’amis sans avoir à penser au repas  ! Je proposerais de faire la cuisine chez la personne qui reçoit et de préparer quelque chose qui lui ressemble et qu’elle aime. L’idée est sympathique, non  ? Et puis il y a un autre rêve qui me tient à coeur  ; créer une école hôtelière parce que je ne suis pas convaincu ni satisfait des écoles pressentes ici.

Myriam Jebbor
Copyright saveursetcuisinedumaroc.com N° 21
 


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