Entrez à
pas feutrés dans le riad Misbah. Son propriétaire, Monsieur l’Ambassadeur
Mazzochi-Alem anni, un esthète au goût sûr et raffiné,vous fera partager sa
passion pour la ville de Fès. Laissez-vous gagner par la clarté et la
beauté des lieux et par la sérénité em preinte de spiritualité qui y règne.
Pour
atteindre le riad Misbah, il faut déambuler dans les ruelles étroites du
quartier Batha. Encore un détour et nous arrivons devant la maison. Introduits
dans le patio éclairé par une grande verrière, nous sommes éblouis par la
clarté et la luminositédes lieux. Le propriétaire, Monsieur l’Ambassadeur
Mazzochi-Alemanni nous accueille. Cet espace est planté d’orangers et de
mandariniers aux couleurs acidulées et toniques. Ces arbres s’épanouissent,
profitant de la lumière de la verrière pour tendre leurs branches vers la
balustrade. Le patio, tout en zelijes blancs et bleus, est nimbé des reflets de
cette teinte pastel. Et toujours ce bleu qui a fait la réputation de Fès… Les
grandes portes en cèdre sculpté, la fine dentelle des fenêtres en fer forgé blanc,
le guebs ouvragé, tous les codes de l’artisanat sont là, sublimés dans cette
grande demeure. « C’était une grande maison bourgeoise qui abritait une famille
de notables fassis», nous apprend Monsieur Mazzochi-Alemanni. La demeure
seigneuriale a été restaurée d’une manière exceptionnelle. Au centre du patio,
une fontaine, jolie corolle de marbre blanc, déverse inlassablement son eau
dans un fond de zelijes colorés. Un salon en rotin, beige et vert, invite à
profiter d’un instant de détente. Il fait bon s’asseoir près de la fontaine et
se laisser bercer par le clapotis de l’eau. Seul le roucoulement d’une
tourterelle vient troubler cette quiétude et cette atmosphère feutrée.
L’ambiance de la maison est empreinte d’une sérénité de zaouia chargée de spiritualité
et propice à la méditation. A l’instar des maisons fassies, trois salons
ouvrent sur le patio. Les couleurs vives prédominent dans le salon marocain. Au
tissu satiné bleu, répond un tapis au rouge soutenu. La décoration est d’une
grande sobriété. Seuls une bonbonnière en cristal et un grand bol bleu trônent
sur les tables. Monsieur l’Ambassadeur nous éclaire sur le parti pris de cette
décoration dépouillée et épurée : « Les arts décoratifs marocains se suffisent
à eux-mêmes. Pour que l’on puisse les admirer, les contempler, rien ne doit
venir troubler l’attention du regard ». Nous continuons notre visite, tout en
écoutant le récit de son propriétaire. Ce dernier avoue être tombé sous le
charme de cette cité, qui n’est pas sans lui rappeler Florence, ville italienne
de la Renaissance
ou encore Ispahan, cité iranienne et ses nombreux et somptueux édifices
(mosquées et palais) qui lui ont laissé un souvenir inoubliable. Monsieur
Mazzochi-Alemanni, de descendance noble, sensible à toutes les formes de l’art,
au mode de vie raffiné, a trouvé en Fès la ville qui comble sa quête esthétique
et ses aspirations spirituelles. Il a tenu à développer deux concepts dans la
décoration de cette maison. L’utilisation des arts décoratifs marocains et la
fusion entre le Maroc et l’Italie. Les miroirs et les lustres vénitiens en
cristal (de Murano) confortent cette tendance. Il est à noter que ces éléments
de décoration, symbole d’opulence et de raffinement, ont toujours été présents
dans les maisons bourgeoises fassies. La salle à manger est traitée avec le
même souci d’élégance et de sobriété. Une longue et étroite table de couvent
avec ses chaises recouvertes de cuir rutilant occupe toute la longueur de la
pièce.
Un
meuble supporte un tableau et des pièces de vaisselle précieuse. Des
inscriptions, citations du Coran, sont calligraphiées dans chacun des trois
salons. Nous avons retenu ces versets, tirés de la sourate « An-nur » (la
lumière) dont est inspiré le nom du riad (Misbah) : « Allah est la lumière des
cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une
lampe. La lampe est dans un (récipient de) cristal et celuici ressemble à un
astre de grand éclat ; son combustible vient d’un arbre béni : un olivier ni
oriental ni occidental dont l’huile semble éclairer sans même que le feu la
touche. Lumière sur lumière, Allah guide vers sa lumière qui Il veut. Allah
propose aux hommes des paraboles et Allah est omniscient.»