Si Rabat avait une bonne cuisine, il y aurait un livre pour la faire
connaître». Cette réflexion, reconnaît Hayat Dinia, m’a interpellé
violemment». Ces propos d’une dame au sujet de la cuisine de Rabat a
piqué au vif l’égo de Hayat Dinia, une r’batie pure souche. «Pour moi,
dit-elle, la cuisine r’batie se classait parmi les meilleures du Maroc.
D’où ma surprise et mon dépit de découvrir qu’elle était méconnue hors
de la capitale. J’ai pris la décision, de sortir en 15 jours un livre
sur la cuisine de Rabat. Je voulais faire connaître les délices et les
habitudes de la table r‘batie». Hayat Dinia souligne que dans les
traditions r’baties, le fait de manger est un acte culturel, une fusion
entre le côté matériel (ingrédients et confection des plats) et la
dimension sociétale (fêtes religieuses, cérémonies familiales). «Je
viens d’un milieu, reconnaît l’auteure, qui baigne dans cette ambiance,
les choses étaient évidentes pour moi, il n’y avait pas lieu de les
prouver. Cependant, ma réaction a été positive, j’ai décidé de faire un
livre pour donner une réponse à toutes les questions qui se posaient à
propos de la cuisine r’batie. Comme je l’ai dit au cours d’un entretien
avec Radio le Caire, c’est ce livre qui est venu vers moi et non le
contraire. Sous l’effet de l’émotion provoquée par la remarque de la
dame, je voulais faire mon livre en 15 jours. Je n’aivais pas réalisé
la folie de ma décision, puisque j’ai mis 5 ans pour le réaliser et le
sortir.» «J’ai moi-même, avoue Hayat Dinia, découvert une cuisine dont
je ne soupçonnais pas la richesse et la diversité». Elle entame un
véritable travail de mémoire. Elle sollicite le concours des personnes
âgées de son entourage (tantes, amies, dadas). Il fallait recenser les
recettes car certaines étaient menacées de disparition, puis les
identifier, les sérier et les classer... Elle enchaîne : «j’ai investi
la cuisine de ma défunte mère, qui s’est transformée en véritable champ
de bataille. Je me suis rendue compte que c’était un livre lourd à
gérer. Je ne pouvais parler uniquement des recettes. Les plats étaient
imbriqués dans une symbolique sociale et religieuse. La dimension
culturelle s’est imposée avec force au point de finir par constituer la
toile de fond de ce livre.»
PREMIÈRE PARTIE
«Délices et secrets des tajines de Rabat» Hayat Dinia a défini huit
classifications de tajines avec leurs viandes, légumes et épices et
herbes aromatiques : le m’qalli, le maghdor, le marqa, au piment doux,
le dalaâ, le m’chermel, le m’assal et le kefta (viande hâchée). Ces
tajines possèdent plusieurs spécificités. Ainsi, on utilise soit de
l’ail soit des oignons, rarement les deux ensemble. Il en est de même
pour le persil et la coriandre qui ne sont pratiquement jamais employés
en même temps. Il est à souligner également l’usage du curcuma à la
place du gingembre qui n’est guère utilisé ou rarement. «Ces règles
d’or, précise l’auteure, ont pour objectif de multiplier les saveurs et
de pouvoir identifier les plats». À la fin de cette partie, un tableau
sur deux pages, est offert aux amateurs de bonne cuisine, pour leur
expliquer les combinaisons de viandes/légumes/épices et herbes
aromatiques.