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Tarik Belmoufid, le chef globe-trotter |
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LE MOINS QUE L’ON PUISSE DIRE, c’est que Tarik Belmoufid est un très jeune chef qui semble avoir déjà vécu plusieurs vies. Du Canada au Maroc en passant par Singapour et la France, sa vocation s’est révélée très tôt. Sa détermination a fait le reste. Retour sur un audacieux parcours sans faute.
Il a vingt-cinq ans, c’est un chef talentueux et on peut dire qu’il est « né » dans la restauration. De père marocain et de mère allemande, Tarik Belmoufid est natif de Callgary, au Canada. Lorsqu’en 1986, ils ouvrent le premier restaurant de gastronomie française de Callgary, les parents de Tarik ne se doutent pas qu’ils vont fortement influencer la vocation de leur fils. Très vite, le petit Tarik, qui n’aime pas rester à la maison, prend ses quartiers dans la cuisine du restaurant. Pour tromper l’ennui, il commence à éplucher des légumes, à confectionner des juliennes, sous l’oeil amusé de ses parents. Il faut dire qu’il est encore très très jeune. En 1995, la famille part s’installer à Longview (à soixante-cinq kilomètres de Callgary) et y ouvre un autre restaurant. Pour Tarik, Longview n’offre pas beaucoup d’attrait : la seule distraction réside dans les tournages de westerns. Heureusement, Tarik aime l’école et il est bon élève. « J’avais la chance de réussir sans faire trop d’efforts » confie-t-il humblement. Mais, comme les cours s’achèvent à 13h30, l’après-midi est libre. Alors, fidèle à son habitude, Tarik boude le chemin de la maison et se rend au restaurant de ses parents, où il rejoint son lieu de prédilection : la cuisine. En 1999, un jour qu’il regarde Food Network, sa chaîne favorite, il voit un reportage consacré au chef Robert Sulatycki qui concourt alors pour le Bocuse d’Or. « Je me suis dit : pourquoi ne serait-ce pas moi, un jour, le Bocuse d’Or ? » avoue le jeune chef. Et sans parler réellement de révélation, Tarik sent qu’il faut qu’il aille de l’avant. Son frère aîné Karim, virtuose du basket-ball, vient de se blesser, sa carrière est compromise. Ils décident donc d’ouvrir ensemble leur premier restaurant, le « Longview Steakhouse ». Tarik est toujours lycéen. « Nous étions encore très jeunes. Moi, j’avais tout juste seize ans, et mon frère en avait dix-huit. Il y avait une sorte de concurrence très positive entre nous et nous savions que nous allions réussir » déclare Tarik.
Et en effet, le « Longview Steakhouse » ne désemplit pas. En janvier 2000, Tarik quitte le lycée, il a obtenu tous ses crédits avec six mois d’avance. Il intègre alors le Southern Alberta Institute of Technology (SAIT) à Callgary, l’école que Robert Sulatycki a lui-même fréquentée en 1989. Alors qu’il est le plus jeune élève – ses camarades ont trois ou quatre ans de plus que lui – il ressort du SAIT douze mois plus tard... major de sa promotion. « Pendant mes études, j’ai travaillé dans les meilleurs restaurants de la région pour améliorer ma pratique » poursuit Tarik. La consécration n’attendant pas le nombre des années, en 2002, il décide de participer à Singapour au concours de Food & Hotel Asia, la première biennale internationale consacrée à l’hôtellerie et à la restauration. Les épreuves sont difficiles, mais Tarik obtient 40/40 dans une des catégories, une note rarissime qui lui fait décrocher la Médaille d’or d’Excellence, et il se classe deuxième sur vingt-quatre candidats. Il a à peine vingt ans. Tout s’enchaîne alors très vite : Tarik gagne Toronto pour travailler au Four Seasons, aux côtés de son idole, Robert Sulatycki. Et lorsque, fin 2002, ce dernier est nommé au Four Seasons de Chicago, il « place » son protégé chez Yannick Alleno, Bocuse d’Argent 1999, alors chef du restaurant « Les Muses » de l’hôtel Scribe, à Paris (et actuel chef du Meurice à Paris). Tarik y officiera pendant un an et demi avant de regagner Longview sous l’impulsion de son père qui, s’il est fier du parcours de son fils, n’en désire pas moins qu’il travaille pour son propre compte. En octobre 2004, Tarik retrouve les pianos du « Longview Steakhouse ». De vingt couverts, le restaurant passe à quarante-cinq. Il est fréquenté par les vedettes de cinéma en tournage à Longview et devient vite un lieu très prisé. Pendant quatre ans, les critiques ne tarissent pas d’éloges sur le « Longview Steakhouse » qui fera partie des meilleurs restaurants de la région et du Canada. La chaîne de télévision CBC lui rend hommage à travers une critique particulièrement élogieuse… deux jours avant son départ pour le Maroc. Nous sommes alors en 2007, Tarik a décidé de poursuivre sa route vers Casablanca. Le 16 août, il y pose ses valises et, quelques mois plus tard, « Il capo dei capi » (le chef des chefs, en sicilien) ouvre ses portes. Du haut de ses vingt-cinq ans, Tarik a veillé à tous les détails, de la carte à la décoration en passant par la formation du personnel. Comme des porte-bonheur, les affiches de films offertes par l’acteur Robert Duvall (un habitué du « Longview Steakhouse ») ont vite trouvé leur place sur les murs de la salle principale et de la mezzanine. Tarik a décidé cette fois de proposer une cuisine italienne moderne et originale. « J’avais envie de me démarquer de ce qui existe déjà. Au Maroc, on a la chance d’avoir des produits de grande qualité. Les gens mangent très bien chez eux. Alors lorsqu’ils vont au restaurant, ils ont envie de voyager… sans avoir besoin de visa ! » déclare le jeune chef qui avoue aussi pratiquer des prix raisonnables car il estime que la restauration de qualité doit rester abordable. On ne peut que l’en féliciter.
Carole Belahrach
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